L’odyssée d’un château

Le Château Frontenac : fierté de la Ville de Québec

La noblesse du site

L’hôtel Fairmont Le Château Frontenac repose sur le site stratégique repéré par le fondateur de Québec, Samuel de Champlain, pour établir en 1620 les quartiers officiels de la Nouvelle-France. Plus de 250 ans plus tard, la splendeur naturelle de l’emplacement s’impose comme point culminant où bâtir le premier hôtel de luxe de la ville, digne de recevoir des personnalités de marque.

Une architecture « à la française »

En 1892, à la demande de la compagnie du Canadien Pacifique, l’architecte américain Bruce Price conçoit les plans du Château Frontenac, qui s’inspirent du style « château », alors en vogue, dont on peut d’ailleurs reconnaître l’empreinte dans plusieurs édifices des grandes villes d’Amérique du Nord. Pour souligner les origines du site, point d’ancrage de la présence francophone sur le continent, l’architecte accentue le caractère « français » du bâtiment, en puisant notamment aux formes nobles des Châteaux de la Loire. L’ornementation de tourelles et de lucarnes, les hauts toits de cuivre pentus font la marque distinctive du Château Frontenac. Mais surtout, Price met en évidence des tours rondes et prononcées qui servent de jonctions à des ailes qui bordent ce site enclavé, niché sur les hauteurs de la ville.

Ce plan d’origine permet l’ajout de diverses extensions, la cour intérieure restant ouverte sur un côté. Les différents morceaux qui s’imbriqueront à l’hôtel pour agrandir l’espace de nouvelles ailes où recevoir une clientèle de plus en plus nombreuse seront toujours pensés dans le respect et l’harmonie de ce caractère « château français » insufflé dès le départ par Price.

À partir de 1920, les architectes Edward et William Maxwell viendront en quelque sorte sceller l’achèvement architectural du Château Frontenac. La compagnie du Canadian Pacifique désire doubler la capacité d’accueil de cet attrait touristique florissant, mais la superficie du site est limitée. Les frères Maxwell imaginent donc une tour de 17 étages au centre de l’enceinte que forment les diverses ailes.

L’effet est grandiose ! Cet apport ultime, dont le style médiéval s’harmonise avec l’ensemble du bâtiment, consacre la suprématie du Château Frontenac. L’immense toit vert auréole l’œuvre architecturale d’une grandeur souveraine.

 

Le Château revisité par l’artiste Jean Gaudreau

Né à Québec, l’artiste multidisciplinaire Jean Gaudreau est enraciné dans cette ville qui l’a vu grandir et se former. Diplômé en arts visuels à l’Université Laval, il a participé à différents événements artistiques (dont Le Moulin à images de Robert Lepage en 2009) et ses œuvres ornent plusieurs édifices de la ville. Sa démarche artistique se développe autour de thèmes ou de traces culturels iconiques pour les réinterpréter en motifs expressionnistes qui marient dessin, peinture, gravure et sculpture.

En 2012, lors de la réfection du toit du Château Frontenac, Jean Gaudreau récupère des plaques et parcelles de son fameux cuivre dans un souci de conserver les traces patrimoniales de la ville pour leur redonner vie. Son vaste projet artistique explore les rapports entre le passé et le présent dans des œuvres qui s’inspirent du matériau en recourant à différentes techniques de sculpture et de peinture, selon l’approche intuitive qui fait la renommée de l’artiste.

2014 : Le toit s’envole vers une jeunesse audacieuse

Les intentions créatrices de l’artiste visent, d’abord, à moderniser les fragments du passé pour les ramener vers le présent. Ce premier travail avec le cuivre du Château donne naissance à des tableaux dans lesquels Jean Gaudreau intègre à sa peinture des fragments de cuivre sur de larges panneaux, et le mène également à la création d’une série de cœurs sculptés, rapiécés avec la matière, que l’artiste recouvre de graffitis colorés et de fragments triturés, insufflant une facture urbaine et moderne aux vestiges du passé. L’exposition « Au cœur de Frontenac », présentée en 2014, révèle ces œuvres novatrices, qui propulsent l’art de Gaudreau à l’échelle internationale, faisant ainsi voyager le toit du Château.

2026 : Le toit se pose dans la lumière du passé

Si la première phase de son projet artistique cherchait à actualiser le matériau, les œuvres récentes de Jean Gaudreau exploitent plutôt le cuivre ancestral en le ramenant à son caractère brut et dépouillé pour mieux écouter son éclat naturel unique, porteur d’une mémoire à retrouver. Ces nouveaux fragments de toit révèlent les vraies couleurs du matériau, dont l’oxydation et le vert-de-gris servent d’inspiration à l’artiste.

La composition des œuvres cherche à répondre à la lumière naturelle du support en nuançant les couleurs et en utilisant des fragments de métaux et des morceaux de verre ou de porcelaine pour créer des mosaïques qui amplifient les effets lumineux.

L’artiste choisit d’installer ces œuvres sur un fond blanc immaculé et de les faire flotter dans un écrin translucide de plexiglas, ce qui permet de magnifier le dialogue lumineux entre relief et surface.