Démarche

Ma démarche concernant l’intégration de cuivre recyclé dans mes œuvres a commencé en 2011, année où on m’a proposé d’acquérir des fragments de l’ancienne toiture du Château Frontenac. Travailler avec des pièces tirées de ce joyau du patrimoine de la ville de Québec a été, pour moi, non seulement un honneur, mais aussi une façon d’explorer d’autres avenues de la création artistique.

En me voyant confier une partie du cuivre de ce fleuron architectural, je me suis senti investi d’une mission importante : celle de préserver une page de notre histoire en lui insufflant une nouvelle vie par le biais d’une démarche résolument actuelle.

Il m’a tout d’abord fallu apprivoiser un matériau qui m’était jusqu’alors inconnu. J’ai donc découpé, plié, martelé et brossé des pièces de cuivre jusqu’à ce qu’il consente à me livrer ses secrets. Il a fallu une année pour que je puisse maîtriser l’art de manier le cuivre, une démarche qui a nécessité l’achat de différentes pièces d’équipement et l’aménagement d’un nouvel espace dans mon atelier.

 

Des toiles en 3D

Comme je suis peintre de formation, j’ai choisi de commencer ma démarche par la réalisation d’œuvres qui allieraient la peinture et l’insertion de fragments (numérotés) de cuivre. C’est en vissant ces fragments sur des contreplaqués, en les collant à la toile et en les superposant que j’ai pu créer un agencement original. Aussi, le travail du cuivre a entraîné une transformation en profondeur de l’œuvre.

Sur la toile, je débute par l’espace supérieur et j’y appose un fragment autour duquel le développement se poursuivra. On dit que certaines de ces œuvres évoquent des artistes que j’affectionne, comme Klimt et Kandinsky, mais ces ressemblances sont superficielles puisque j’y apporte une touche résolument personnelle.

Ce cheminement exploratoire a donné lieu à un nouveau langage plastique chez moi, une avenue que je continue toujours d’approfondir. Je concentre mon énergie sur le travail de transformation du cuivre et sur les différentes façons de l’intégrer à mes œuvres. Il me faut lui donner l’opportunité d’exister par lui-même et d’évoluer de façon naturelle au cœur de mes tableaux. Au chapitre des médiums utilisés dans la création de ces œuvres, on peut mentionner le pastel, l’acrylique, des bâtons à l’huile, de la laque, du vernis et de la peinture en aérosol, pour ne nommer que ceux-là.

J’ai également pris soin de numéroter chaque pièce afin d’obtenir une «traçabilité» des fragments issus de la toiture du Château Frontenac. C’est une façon de rappeler leur caractère unique. La poursuite de cette démarche m’a fait réaliser que ces tableaux ont acquis une nouvelle dimension, c’est-à-dire qu’ils s’apparentent de plus en plus à des sculptures. On peut alors parler de toiles en relief.

 

Des tableaux à la sculpture

La maîtrise du métal dans un environnement bidimensionnel m’a incité à me tourner vers les multiples possibilités qu’offre la sculpture, une avenue que je pratique depuis plusieurs années.

Ainsi, le «ciel» du Château Frontenac a revêtu les formes multiples de personnages issus de l’architecture originale du célèbre édifice. Le cuivre récupéré a donné naissance à divers personnages empruntant différentes personnalités liées au passé de la ville de Québec.

Déclinés en tours d’alchimistes ou en vases foisonnant de fleurs intemporelles, ces personnages ont contribué au rayonnement du Totem Frontenac, une appellation qui va au-delà du concept historique.

Cette fois encore, le cuivre connaît une transformation majeure lorsque je le découpe, le tord, le plie et le brosse. La couleur originale du cuivre se marie avec les surfaces couvertes de vert-de-gris, conférant à l’ensemble une interrelation entre le présent et le passé. Dans ces sculptures, les possibilités de transformation sont plus nombreuses puisque cette troisième dimension permet de travailler non seulement en profondeur (comme dans les tableaux), mais également en hauteur et en largeur. Les différents éléments composant la sculpture sont assemblés, percés et traversés par le métal, créant des pignons, des bouquets floraux ou des feux d’artifice, au gré de l’imagination du créateur. La potentialité s’en voit alors multipliée.

 

Explorer le point de métamorphose

La venue d’un matériau surgi du passé et son actualisation dans le temps présent bouleversent les notions spatiotemporelles traditionnelles. Présentement, je travaille sur le thème de la rencontre entre une pièce surgie du passé et l’œuvre actuelle qui en résulte. Que se passe-t-il au moment où ces vestiges entament une nouvelle vie ? Qu’arrive-t-il lorsque le présent et le passé deviennent un seul et même personnage ?

J’ai choisi la forme du cœur, symbolique contemporaine de l’amour, pour exprimer cette transition entre le passé et le présent. Et les possibilités sont infinies ! On rattache le cœur à des événements très importants de nos vies et l’intégration de fragments de cuivre dans des œuvres (peintes ou sculptées) rendent compte de l’actualisation d’un matériau plusieurs fois millénaire. L’union entre un sentiment qui existe depuis toujours et un métal qui a su franchir les millénaires a de quoi donner à l’artiste de la matière pour réaliser des œuvres tout ce qu’il y a de plus actuel. C’est, en quelques mots, l’essentiel de ma démarche créative axée autour du cuivre.